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DVD MAD (N°334)

Trauma

Lorsqu’il prend à un magazine, un site Internet ou même un quidam de dresser la liste des meilleurs films de maison hantée, certains mentionnent Burnt Offerings (titre original). Certains, mais pas tous. Inédit dans les salles françaises, le film de Dan Curtis est longtemps passé pour une séries B anonyme, de celles qui fleurirent en nombre à l’époque des vidéoclubs. Pourtant, il s’agit bien d’un must du film de hantise immobilière, un exercice de terreur psychologique si réussi qu’il fait aujourd’hui référence auprès de ceux qui savent. Tiré du roman Notre vénérée chérie de Robert Marasco, le script s’intéresse à une famille new-yorkaise, les Rolf (les parents, le gamin, la vieille tante), qui vient de craquer pour une splendide location estivale proposée à prix défiant toute concurrence. Seule obligation : préparer quotidiennement un plateau-repas à destination de la résidente de l’une des chambres du dernier étage. Une vieille dame discrète, très discrète… Aucun fantôme dans cette maison, sinon l’âme de la demeure elle-même, présence invisible et perverse qui, petit à petit, envenime les relations entre les membres de la famille Rolf. Tandis que le père (Oliver Reed) est de nouveau torturé par un cauchemar lointain et perd peu à peu le contrôle de ses actes, la mère (Karen Black) cède au charme de l’endroit, qu’elle nettoie avec une dévotion de plus en plus inquiétante. Quant à la tante (Bette Davis), elle succombe au terme d’une atroce agonie. Une descente aux enfers minutieusement orchestrée par Dan Curtis, le créateur de la série Dark Shadows, qui hérite du projet après que Bob Fosse se fut penché dessus. Le réalisateur de Que le spectacle commence aurait-il fait mieux ? Difficile à croire, tant son successeur maîtrise son sujet, chantre d’une narration suggestive, vouée à l’angoisse distillée par d’infimes détails. Rien de commun avec l’artillerie lourde de l’horreur. Pourtant, les circonstances s’acharnent sur le cinéaste. Entre le suicide de l’une de ses filles qui le contraint à l’arrêt du tournage pendant une semaine, le remplacement du chef-opérateur initialement engagé, les récriminations de Bette Davis, l’alcoolisme d’Oliver Reed, une cascade qui faillit mal tourner et un agenda de tournage très serré, Dan Curtis traverse un véritable enfer lors du tournage de Trauma. Ce qui rend d’autant plus sidérante la réussite du long-métrage, qui s’achève sur un climax hallucinant. Une conclusion qui n’a pas dû échapper à Stanley Kubrick, celui-ci en reprenant quelques composantes pour l’épilogue de Shining. Malheureusement, Trauma ne connaîtra pas le fabuleux destin de son illustre héritier. Un semi-échec commercial, une immense déception pour Dan Curtis, grand homme de télévision qui ne parvint jamais à imposer son talent au cinéma. Trauma marquera pourtant doublement le 7e Art. D’abord pour ses immenses qualités, mais aussi parce que son financement s’est fait grâce à un deal entre Curtis et le producteur Alberto Grimaldi, qui acceptera de financer Trauma à la condition que le réalisateur lui cède les droits du roman The Hoods, qu’un certain Sergio Leone souhaite ardemment adapter… Il était une fois en Amérique en échange de Trauma, en somme ! 

Marc Toullec